Dissidents, les artisans de la liberté

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Réalisé par Ruth Zylberman

C’est une photo prise un an avant la chute du mur de Berlin. Une photo prise lors d’une rencontre clandestine au fond des bois, à la frontière de la Pologne et de la Tchécoslovaquie et qui rassemble des opposants tchécoslovaques et polonais en lutte contre les régimes communistes au pouvoir dans leur pays. Ces conspirateurs de la démocratie, on les appelait « dissidents ». Sur cette photo apparaissent des personnages devenus célèbres – le tchécoslovaque Vaclav Havel, les polonais Adam Michnik et Jacek Kuron – et d’autres, plus anonymes. Leurs parcours spirituels, politiques et historiques étaient différents et pourtant tous, ouvriers ou intellectuels, croyants ou non, patriotes polonais ou internationalistes trotskistes, tous participèrent à cette tentative de lutter contre des pouvoirs totalitaires exerçant leur joug fait de peur, de répression et d’oubli.

La dissidence en Europe de l’Est fut un combat politique et moral dont le film retrace le cours de 1956 à 1989, en évoquant notamment la création de l’opposition démocratique et de Solidarité en Pologne, celle de la Charte 77 en Tchécoslovaquie, et l’essor du mouvement de littérature clandestine (samizdat) en Hongrie.

Mais la dissidence fut aussi un choix existentiel: comment advient-il, dans une vie, le moment du choix ? Comment et pourquoi des individus refusent-ils de s’accommoder ?

Comment ces rebelles isolés sont-ils parvenus à surmonter la peur et à « rompre le choeur des terrorisés » ?

Ce film fait revivre un moment de l’histoire central pour nous qui sommes les héritiers de ce « siècle des extrêmes » que le poète russe Ossip Mandelstam appelait « le siècle loup garou ». Il tente aussi, en se tenant au plus près de ces personnages et de leur vie, à la fois ordinaire et extraordinaire, d’incarner cette question cruciale et toujours actuelle : «Comment vivre en liberté. A quel prix ? »

Ruth Zylberman a rencontré à Prague, Varsovie, Budapest des ouvriers, un physicien, un chimiste, un prêtre, un historien, un ouvrier-imprimeur, un ingénieur, un architecte…. Mises bout à bout, en échos, en résonances, leurs histoires, même partielles, même fragmentaires, racontent trente ans de totalitarisme communiste et trente ans de lutte antitotalitaire. Leurs paroles, leurs visages composent le « choeur » de la dissidence. Un choeur qui rassemble des hommes et des femmes ayant fait le pari don-quichottesque (comment pouvait-on croire dans les années 60, 70 que l’hégémonie communiste aurait une fin ?) de ne pas céder à la peur, à la menace et à la répression.

 

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